Le carnet · Matières & gestes
L’art du
point compté.Histoire, toiles et maîtrise du fil
Une toile, un fil, une juste mesure. De la mémoire des marquoirs au choix des matières, un guide du point compté pour préparer son ouvrage et partager la passion du fil en Suisse romande.
Calculer mon coupon01 / La géométrie de la trame
La liberté,
à fils comptés.
Tout commence par une surface encore silencieuse. Sur le lin, les irrégularités du fil retiennent une lumière douce ; sur l’Aïda, les passages de l’aiguille dessinent déjà leur ordonnance. Avant la première croix, le support possède une structure. La brodeuse ne l’efface pas : elle en fait la mesure de son ouvrage.
La broderie libre et la broderie à points comptés se distinguent par la manière de situer le geste. Dans un passé plat, la longueur et l’inclinaison des points suivent les contours d’une forme ; un point de tige accompagne une ligne, souvent tracée sur le tissu. Au point compté, la position dépend d’un nombre de fils ou d’intervalles repérés dans le support. Le dessin résulte d’une traduction : les cases du diagramme deviennent des distances dans la chaîne et la trame.
Cette distinction ne distribue ni les talents ni les degrés de difficulté. Elle décrit deux rapports à la matière. Compter demande de maintenir une correspondance entre le papier, l’œil et la main ; suivre une courbe libre exige une autre lecture. Le point de croix est une forme de point, composée de deux diagonales. Il peut être exécuté à points comptés, mais toute broderie comptée n’est pas du point de croix : jours, points de reprise ou certains points de remplissage obéissent aussi au comptage.
Chaîne, trame et surface brodée
La chaîne désigne les fils disposés dans la longueur du tissu lors du tissage ; la trame les croise dans la largeur. Sur une toile régulière, des comptages identiques dans les deux directions donnent un motif dont les proportions restent fidèles à la grille. Une toile décorative peut présenter un aspect séduisant tout en ayant des densités différentes selon les axes : un carré de diagramme y deviendrait un rectangle.
La vérification se fait sur le coupon réel, sans étirer la matière. Comptez plusieurs centimètres plutôt qu’un seul, dans chaque direction, puis ramenez le résultat à l’unité. Cette précaution réduit l’effet d’une irrégularité ponctuelle et permet de repérer une erreur d’étiquette avant d’engager un grand marquoir. Une toile annoncée à 12,6 fils/cm et travaillée sur deux fils donne théoriquement 6,3 croix/cm. Le nombre de brins dans l’aiguille n’entre pas dans ce calcul.
La lumière révèle le sens de la croix
Sur une surface brodée, le lustre varie avec l’orientation des fils et de l’éclairage. Une partie de la lumière est réfléchie à la surface ; une autre est diffusée par les fibres et les irrégularités du fil. Parler uniquement de réfraction ne décrit donc pas correctement ce que l’on observe. Lorsque toutes les diagonales supérieures se couchent dans le même sens, les changements d’éclat se lisent avec davantage de continuité.
On peut choisir la diagonale qui convient à sa méthode : l’essentiel est d’en garder la cohérence sur l’ouvrage. Une barre supérieure inversée au milieu d’un aplat peut produire une petite rupture de lumière. Cette observation devient particulièrement sensible avec une teinte unie, un coton lustré ou une soie. L’orientation ne remplace toutefois ni une tension juste ni une bonne disposition des brins.
02 / Mémoire textile
Des répertoires de points
aux ouvrages de mémoire.
Regarder les objets avant de raconter les origines
Une histoire sérieuse du point compté commence par une distinction : un décor géométrique n’est pas nécessairement brodé. Les textiles de l’Égypte antique tardive souvent appelés « coptes » comprennent notamment des décors tissés. Le fragment présenté par le Metropolitan Museum sous l’intitulé Coptic Textile Fragment est décrit par ses structures de tissage. Il témoigne d’une culture textile, mais ne doit pas devenir, par raccourci, la preuve d’une origine du point de croix.
Le marquoir, ou sampler, fournit un autre type de témoignage. Avant d’être un exercice scolaire encadré, il peut servir de répertoire : une personne y conserve des motifs, des points ou des solutions qu’elle souhaite pouvoir retrouver. Le Victoria and Albert Museum documente cette diversité de fonctions et leur évolution. Les pièces conservées ne racontent pas toutes la même vie : apprentissage, démonstration d’habileté, mémoire de modèles et usage domestique se croisent.
La Renaissance : le motif circule par l’imprimé
À la Renaissance, les livres de modèles donnent aux ornements une nouvelle mobilité. Les Singuliers et nouveaux pourtraicts de Federico de Vinciolo, dont une édition conservée paraît à Paris en 1587, appartiennent à cette circulation des dessins pour les ouvrages de lingerie. La Folger Shakespeare Library souligne aussi la complexité matérielle des éditions : consulter une planche suppose d’identifier l’exemplaire et sa date.
À Nuremberg, Johann Sibmacher publie des modèles dont le Schön Neues Modelbuch de 1597 est conservé au Metropolitan Museum of Art. Ces livres concernent plusieurs pratiques textiles. Leurs réseaux quadrillés, répétitions et symétries rendent les motifs transposables ; ils ne constituent pas pour autant des manuels modernes de point de croix au sens exclusif du terme.
Les alphabets brodés réunissent ensuite plusieurs ambitions : exercer le geste, identifier du linge et manifester un apprentissage. Une lettre peut marquer une pièce du trousseau autant qu’ordonner un exercice. Devant un abécédaire rouge transmis dans une famille romande, la bonne question est d’abord documentaire : qui l’a brodé, où, dans quel cadre et sur quel support ? La couleur seule ne suffit pas à attribuer une école, un canton ou une époque.
Le XIXe siècle et les grilles de Berlin
Le Berlin woolwork donne au diagramme une diffusion remarquable au XIXe siècle. Les modèles sont d’abord imprimés sur papier quadrillé puis coloriés à la main, avant les procédés d’impression en couleur plus industriels. Chaque case facilite la traduction du dessin en points et en teintes. La National Gallery of Victoria décrit ce principe dans sa notice de marquoir.
Le travail de Berlin est étroitement associé à la laine et au canevas ; il emploie notamment le point de croix et le petit point. Il peut enrichir un coussin, un écran de cheminée ou un accessoire, avec des effets de modelé obtenus par les nuances. Cette histoire éclaire notre familiarité actuelle avec la grille, sans confondre toutes les techniques de canevas avec le point compté sur lin.
Le temps choisi de l’ouvrage contemporain
Aujourd’hui, choisir un lin naturel, une soie nuancée ou le diagramme d’un auteur indépendant peut être une manière de donner une intention particulière au travail. Les pratiques regroupées sous l’expression slow stitch privilégient souvent le temps du geste ; elles ne forment ni une technique unique ni une école historique homogène. On peut broder lentement une grille très précise comme inventer librement sa surface.
La continuité avec les ouvrages anciens se construit moins par une imitation de leur apparence que par le soin de leur transmission. Garder le nom du modèle, celui de sa créatrice ou de son créateur, les références de fils et la date de réalisation donne à l’objet une mémoire. Une photographie de l’envers avant montage peut aussi conserver des informations qui deviendront invisibles une fois l’ouvrage encadré.
03 / Manufactures & matières
Le caractère du fil.
L’intelligence du tissu.
DMC : une histoire industrielle, plusieurs constructions de fil
L’histoire de DMC s’enracine à Mulhouse en 1746 dans l’impression des indiennes. Cette origine ne signifie pas que le mouliné actuel existait déjà sous sa forme présente : la manufacture a traversé plusieurs transformations de ses activités et de ses procédés. La présentation historique de DMC permet de replacer la marque dans cette durée industrielle.
À la fin du XIXe siècle, Thérèse de Dillmont et son Encyclopédie des ouvrages de dames, parue en français en 1886, participent à la diffusion de méthodes et de modèles associés à l’univers DMC. La notice du Textile Research Centre documente cette histoire. L’ouvrage, également accessible dans une édition numérisée en anglais, conserve un intérêt de lecture ; ses prescriptions doivent être replacées dans leur époque.
Le Mouliné Spécial Art. 117 est un coton à longues fibres, proposé en échevettes de 8 mètres, avec six brins séparables. DMC indique une double mercerisation. On peut adapter le nombre de brins au support et au résultat voulu ; cela n’autorise pas à remplacer sans essai un fil d’une autre construction par un nombre supposé équivalent de brins.
Le Coton Perlé est un fil retors non divisible. Sa torsion visible participe à son relief. Ses numéros de grosseur ne sont pas des nombres de brins à séparer : une grosseur 12 est plus fine qu’une grosseur 5. Le Broder Spécial Art. 107, de construction à quatre brins non séparables pour l’usage, appartient encore à une autre famille, notamment employée en broderie blanche.
Le Diamant est un fil métallisé non divisible. DMC rapproche sa grosseur de celle de deux brins de mouliné, mais cette comparaison ne rend pas leur comportement identique. Sur un support serré, la résistance au passage et la façon de poser le point demandent un essai. Une longueur de travail réduite limite les frottements répétés et permet d’observer plus tôt une éventuelle usure.
Mercerisation : comprendre le lustre sans fabriquer une légende
John Mercer observe au milieu du XIXe siècle les transformations du coton traité par une solution alcaline concentrée. À la fin de ce siècle, les travaux d’Horace Lowe mettent en évidence l’intérêt du maintien sous tension pour développer le lustre. Le traitement fait gonfler la fibre et modifie sa morphologie ainsi que son affinité pour les colorants. La publication de J. B. Speakman dans Nature replace ces étapes historiques.
L’image d’une fibre plate changée en cylindre parfait est trop sommaire. Le résultat dépend des conditions de traitement, du fil et de sa préparation. La mercerisation ne signifie pas davantage que tous les colorants se fixent par le même mécanisme « au cœur » de la cellulose. Pour la brodeuse, l’intérêt se constate dans le lustre et le comportement du coton ; la tenue au lavage demeure une caractéristique de la référence et de sa teinture, à lire dans les consignes du fabricant.
Zweigart : choisir une structure avant un nom
Fondée en 1877, Zweigart & Sawitzki situe sa production à Sindelfingen, dans la région de Stuttgart. Son fil orange tissé dans la lisière est une signature de marque. Un coupon peut toutefois être coupé sans lisière : l’absence de cette bande sur un petit morceau ne suffit pas à conclure à son origine. L’identification repose aussi sur la traçabilité du fournisseur et l’étiquette.
L’Aïda associe des groupes de fils qui organisent des blocs et des ouvertures régulièrement lisibles. Le lin présente une structure de toile où le fil peut conserver une irrégularité naturelle ; une étamine mixte vise un autre toucher et une autre régularité de surface. Le mot anglais evenweave décrit une régularité de tissage : il ne désigne pas, à lui seul, une composition de fibre.
| Support / référence | Composition ou statut | Densité annoncée | Croix/cm |
|---|---|---|---|
| Stern-Aïda 3706 | Coton | 5,4 points/cm | 5,4 |
| Fine-Aïda 3793 | Coton | 7 points/cm | 7 |
| Aïda Extra Fine 3326 | Coton | 8 points/cm | 8 |
| Lugana 3835 | 52 % coton, 48 % modal | 10 fils/cm | 5 sur deux fils |
| Murano 3984 | 52 % coton, 48 % modal | 12,6 fils/cm | 6,3 sur deux fils |
| Jazlyn, gamme historique | Composition à vérifier sur l’étiquette | 28 fils/pouce dans la publicité d’époque | ≈ 5,51 sur deux fils |
| Cashel 3281 | 100 % lin | 11,2 fils/cm | 5,6 sur deux fils |
| Belfast 3609 | 100 % lin | 12,6 fils/cm | 6,3 sur deux fils |
| Edinburgh 3217 | 100 % lin | 14 fils/cm | 7 sur deux fils |
| Newcastle 3348 | 100 % lin | 16 fils/cm | 8 sur deux fils |
| Kingston 3225 | 100 % lin | 21,9 fils/cm | 10,95 sur deux fils |
Sources : catalogue Zweigart, fiches Lugana, Murano, Cashel, Belfast, Edinburgh, Newcastle et Kingston. Jazlyn : publicité Zweigart, PieceWork, septembre–octobre 2005.
Les équivalences commerciales en count et les valeurs métriques ne coïncident pas toujours exactement. Un pouce vaut 2,54 cm : convertir 32 fils par pouce donne environ 12,60 fils/cm. Pour d’autres gammes, des désignations arrondies subsistent. Utilisez la valeur de l’étiquette du coupon et vérifiez les deux axes lorsque la dimension finale est contraignante. Kingston est bien un lin très fin ; il ne doit pas être présenté comme une gaze de soie.
L’aiguille, le chas et le métier
Dans l’Orne, Bohin rattache son histoire à 1833 et à Saint-Sulpice-sur-Risle. Ce patrimoine industriel rappelle qu’une aiguille est un objet de précision : sa surface, son chas et sa pointe participent au passage du fil. Il faut néanmoins distinguer les familles et provenances du catalogue plutôt que d’attribuer le même procédé à toutes les références.
Pour une croix comptée dans les ouvertures du support, l’aiguille à tapisserie possède un bout émoussé et un chas adapté au fil. Une pointe ronde ordinaire n’est pas la même géométrie qu’une aiguille spécialement munie d’une petite boule. Le guide John James distingue notamment tapisserie et chenille : cette dernière a une pointe aiguë.
Les n° 24, 26 et 28 offrent des repères de finesse croissante. Une 24 peut convenir à une Aïda autour de 5,4 points/cm ou un lin proche de 11 fils/cm sur deux fils ; une 26 est un essai courant sur des supports plus fins ; une 28 peut faciliter un travail délicat. Ce sont des points de départ, pas une correspondance obligatoire : le chas doit laisser passer le fil sans l’user ni agrandir excessivement les ouvertures.
Des ciseaux fins se jugent à leur coupe jusqu’à la pointe, à l’ajustement des lames et à leur confort. Les noms Gingher, Sajou ou Nogent ne remplacent pas l’examen de la paire et de sa provenance. Réservez ces ciseaux au fil. Un tambour en bois lisse, un cadre ou un métier sur pied doivent soutenir l’ouvrage sans l’imprimer ni le déformer ; desserrez un tambour à la fin d’une séance si la pression marque la toile.
04 / La juste mesure
Le calculateur
de coupon.
Reportez la largeur et la hauteur de votre grille en points. Choisissez le support, le travail sur un ou deux fils lorsqu’il s’applique, puis la marge à conserver sur chacun des quatre côtés.
05 / Le protocole d’atelier
Sept gestes pour
un ouvrage de transmission.
La précision ne demande pas de raidir la main. Elle consiste à reconnaître ce qui améliore la régularité, ce qui fatigue le fil et ce qui pourrait compromettre une finition. Les repères suivants concernent un ouvrage contemporain ; ils ne constituent pas un protocole de restauration.
1. Préparer et réunir les brins
Coupez une aiguillée raisonnable : environ 40 à 45 cm constitue un point de départ commode avec un mouliné de coton, à raccourcir si le fil s’use. Prélevez un brin à la fois en maintenant doucement les autres, laissez-le se détendre, puis réunissez le nombre voulu. Cette opération, souvent appelée stripping, défait l’organisation momentanée des six brins sans chercher à détordre la construction interne de chacun.
Deux brins séparés puis réunis se disposent souvent plus facilement côte à côte que deux brins arrachés ensemble à l’échevette. Regardez néanmoins le résultat sur la toile : certains effets demandent une surface plus aérée, d’autres une couvrance dense. Un fil nuancé réclame aussi de réfléchir à la succession des couleurs ; sa préparation ne doit pas détruire l’effet recherché par le modèle.
2. Ancrer le départ sans surépaisseur
Pour une surface destinée à être montée à plat, les départs et arrêts discrets évitent des bosses inutiles. Avec un nombre pair de brins identiques, la boucle de départ classique offre une solution : on plie un brin de longueur double, on enfile ensemble ses extrémités et on utilise la boucle pour fixer le premier passage. La longueur de travail obtenue est alors divisée par deux.
Cette méthode n’est pas universelle. Elle peut modifier la lecture d’un fil dégradé ou ne pas convenir au trajet prévu. Un départ sous des points existants, un fil provisoirement maintenu puis recouvert, ou un autre ancrage adapté au support peuvent mieux répondre au projet. À l’arrêt, glissez le fil sous plusieurs points sans tirer au point de déformer l’endroit ; évitez les longues traversées visibles à travers une toile claire.
3. Garder le sens du recouvrement
Décidez de l’orientation des diagonales supérieures avant un grand aplat. Que vous travailliez croix par croix ou par rangées de demi-points, observez la continuité du sens en changeant de direction. Pour un fil multicolore, réaliser chaque croix complète avant la suivante peut conserver une progression de nuances différente de celle produite par deux passages successifs.
La tension doit asseoir la croix, non resserrer son logement. Une aiguille qui tire difficilement, une trame qui se fronce ou un fil qui s’aplatit sous l’effort signalent un réglage à revoir. Relâchez la main, contrôlez la grosseur de l’aiguille et comparez un petit échantillon. Le tissu ne doit pas servir de ressort pour corriger un geste trop ferme.
4. Libérer la torsion quand elle apparaît
Les mouvements de la main peuvent ajouter progressivement de la vrille. Lorsque les brins se resserrent, forment une boucle ou se couchent de façon irrégulière, laissez l’aiguille pendre librement afin que le fil se détende. « Tous les dix points » peut être un rappel de travail, mais ce n’est pas une fréquence imposée par la physique du fil : le besoin varie selon l’aiguillée, la matière et la main.
Si un petit nœud apparaît, ne le tirez pas à travers la toile. Détendez d’abord l’ensemble et recherchez la boucle à l’origine de l’emmêlement. Une longueur déjà pelucheuse ne retrouvera pas sa résistance par une traction plus forte : mieux vaut arrêter proprement et reprendre avec une aiguillée fraîche.
5. Poser deux brins avec le railroading
Avec deux brins de mouliné, le railroading consiste à faire passer l’aiguille entre eux au moment de piquer vers l’envers, afin d’aider les deux éléments à se déposer côte à côte. On peut l’appliquer au point supérieur, voire aux deux diagonales, selon le rendu souhaité. Le mouvement doit séparer les deux brins de travail sans transpercer leurs fibres.
Cette technique demande d’observer la surface plutôt que d’exécuter un automatisme. Elle ne supprime pas toute torsion et ne garantit pas à elle seule une croix parfaitement plate. Sur un ouvrage très fin, un outil de pose ou une autre méthode de gestion du fil peut être préférable. Un essai comparatif sur quelques croix permet de décider si le temps supplémentaire améliore réellement le résultat.
6. Décider de l’entretien avant la dernière croix
Avant de commencer, réunissez les consignes de la toile, du fil, des perles et de toute autre matière. Un ouvrage qui rassemble coton, soie et éléments métallisés ne se traite pas comme une toile blanche nue. Une mention de solidité des teintures sur une famille de fils n’autorise pas à laver sans examen un assemblage de matériaux différents.
Pour un ouvrage récent dont tous les composants autorisent le lavage, utilisez la température et le produit recommandés, sans frottement ni torsion. Un détergent doux adapté, sans blanchissant ni azurant lorsque ces additifs sont indésirables, permet de conserver une lecture fidèle des teintes. Rincez selon les besoins du produit ; soutenez la pièce mouillée et retirez l’excès d’eau sans l’essorer comme un linge ordinaire.
7. Mettre en forme, monter et documenter
Lorsque le support et les matériaux le permettent, remettez doucement la chaîne et la trame à l’équerre pendant le séchage, sans imposer une tension brutale. Des épingles inoxydables peuvent maintenir les marges sur un support propre adapté ; elles ne doivent ni fendre les fils ni entrer dans le motif. Le blocage sert à accompagner la géométrie, pas à étirer un ouvrage pour lui faire atteindre une cote arbitraire.
Sur une broderie contemporaine compatible avec le repassage, travaillez sur l’envers, avec une protection propre et un support souple assez épais pour préserver le relief. Réglez la chaleur sur le composant le plus sensible et ne pressez pas directement les perles, le fil métallisé ou une finition fragile. Pour le montage durable, privilégiez des matériaux stables et une fixation réversible ; évitez la colle directement sur la broderie.
Avant l’encadrement, photographiez l’endroit et l’envers. Joignez au dossier le diagramme ou sa référence, les fournitures, la date, les dimensions et les éventuelles consignes d’entretien. Ce petit inventaire sera précieux pour réparer, transmettre ou simplement comprendre l’ouvrage dans quelques années.
06 / Les liens du fil
De l’ouvrage personnel
à la chaleur du cercle.
En Suisse romande, la proximité d’un cercle se mesure autant à son accueil qu’aux kilomètres qui le séparent de chez soi. On y vient avec une boîte à fils, parfois une difficulté de lecture, souvent l’envie de regarder d’autres ouvrages. La conversation rend visibles des choix que le diagramme ne raconte pas : une teinte remplacée, une marge plus généreuse, une méthode de montage trouvée au fil des essais.
Un annuaire pour commencer une rencontre
L’annuaire des clubs de broderie en Suisse romande et dans les régions voisines propose une recherche par région, commune et distance. Vaud, Genève, Fribourg, Valais, Neuchâtel et Jura y forment des portes d’entrée vers des cercles différents. La fiche ne remplace pas un contact : confirmez les coordonnées, le lieu, le rythme des séances et les possibilités d’accueil avant de vous déplacer.
Il serait imprudent de déduire de cette seule liste un « âge d’or » chiffré de la broderie romande. Sa valeur est plus immédiate : elle permet de faire le premier pas. Demandez si l’on apporte son projet personnel, si une cotisation est prévue et si le cercle pratique aussi d’autres techniques. Un groupe peut réunir point de croix, jours, broderie libre et finitions de cartonnage sans que chaque membre travaille le même modèle.
RestoBroderie : l’ouvrage et la table
Une journée de broderie partagée a son rythme : on s’installe, on déplie la toile, on examine une avancée à la lumière. Le repas introduit une pause ; la conversation se poursuit autour d’un détail de finition ou d’un projet encore dans sa pochette. Cette évocation décrit l’esprit de la rencontre, sans promettre un horaire, un menu ou un atelier qui ne figureraient pas au programme annoncé.
Le calendrier des rencontres RestoBroderie porte les informations pratiques à jour. Consultez la date, le lieu, le prix et les conditions d’inscription de l’édition choisie. En l’absence de prochaine date publiée, la page reste un point de contact ; elle ne constitue pas une réservation ouverte en permanence.
Les finitions donnent souvent matière à échange. Le biscornu classique assemble deux carrés décalés et présente huit pans latéraux ; les montages dits à quinze faces utilisent une autre construction. Le pinkeep maintient des épingles autour d’une petite forme rembourrée, tandis qu’une boîte habillée de toile brodée demande de prévoir les contraintes du cartonnage. Ces différences invitent à mesurer avant de couper et à demander un patron de montage précis.
L’approvisionnement avec broderie.ch
Le choix des matières peut se prolonger sur la boutique partenaire broderie.ch. Avant de commander une toile, confrontez sa référence, sa composition, sa couleur et sa densité au modèle. Le calculateur de ce carnet fournit un format minimum théorique ; la boutique détermine les formats effectivement proposés et la disponibilité du moment.
Pour un fil, notez la famille autant que le numéro de couleur : un Art. 117, un coton perlé et un métallisé ne s’interchangent pas à référence numérique égale. Pour un grand ouvrage, faites vérifier la quantité nécessaire et les possibilités de coupe. Le service rendu par une boutique spécialisée se situe dans cette précision du choix, sans qu’il soit nécessaire de promettre un stock permanent de chaque toile ou de tout le nuancier.
Une journée autour du fil
À la table de RestoBroderie.
Prendre le temps de broder, regarder les ouvrages et partager un repas. Retrouvez le programme et les modalités d’inscription lorsqu’une rencontre est annoncée.
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Toiles, fils et accessoires : consultez l’offre de broderie.ch et vérifiez les références disponibles pour votre prochain ouvrage.
Découvrir la boutique partenaire07 / Questions techniques
Les réponses
de l’atelier.
Comment calculer les dimensions d’un coupon pour une grille de point compté ?
Sur lin ou étamine, dimension du motif en cm = nombre de points × fils du support enjambés par croix ÷ densité en fils/cm. Ajoutez deux fois la marge par côté sur chaque axe. Une grille de 126 × 189 points, sur 12,6 fils/cm et sur deux fils, mesure 20 × 30 cm ; avec 7 cm de marge par côté, le coupon minimum est de 34 × 44 cm. Sur Aïda, divisez directement les points par la densité en points/cm. Le calcul précède le retrait éventuel et l’arrondi au format de coupe.
Quelle est l’équivalence entre Aïda et lin travaillé sur deux fils ?
Dans la même unité de longueur, le lin doit présenter deux fois plus de fils que l’Aïda ne présente de points pour obtenir une densité brodée identique. Une Aïda 14 count correspond donc à un lin 28 count travaillé sur deux fils ; une Aïda 16 count correspond à un lin 32 count sur deux fils. Cette égalité porte sur les dimensions théoriques du motif. Elle ne garantit ni la même texture ni la même couvrance ; les valeurs métriques commerciales peuvent être arrondies.
Combien de brins de mouliné utiliser selon la densité de la toile ?
Avec un mouliné divisible comme l’Art. 117, deux brins sont un point de départ courant sur Aïda 14 ou 16 count et sur lin 28 ou 32 count travaillé sur deux fils. Sur lin 36 ou 40 count travaillé sur deux fils, comparez un et deux brins. Sur un lin fin travaillé sur un fil, commencez un essai avec un brin. Suivez d’abord le modèle et contrôlez la couvrance sur la toile réelle : contraste, tension et relief recherché modifient le choix.
Peut-on laver une broderie réalisée avec des fils teints à la main ?
Seulement si les consignes de tous les matériaux employés l’autorisent. La mention « teint à la main » ne garantit pas la solidité des couleurs. Conservez les étiquettes et réalisez un échantillon du même assemblage avant de décider d’une finition humide ; un essai favorable ne garantit pas une stabilité absolue. Si les instructions restent incertaines, demandez conseil au fabricant et évitez d’immerger l’ouvrage. Une pièce ancienne ou patrimoniale relève d’une évaluation de conservation distincte.
Comment rejoindre un club ou une rencontre de broderie en Suisse romande ?
Utilisez l’annuaire des clubs d’Au Point-Compté pour rechercher un cercle par région, commune et distance. Confirmez directement les coordonnées, les horaires et l’accueil de nouveaux membres. Pour RestoBroderie, consultez la page dédiée et les modalités de la rencontre annoncée. Si aucune prochaine date n’est publiée, contactez l’équipe ou revenez consulter le calendrier : la présentation de la série ne signifie pas qu’une inscription est ouverte.
08 / Pour vérifier et poursuivre
Sources & références.
Ce carnet est une synthèse éditoriale d’Au Point-Compté. Les notices patrimoniales servent aux repères historiques ; les fiches de fabricants, aux caractéristiques des références. Les conseils de geste sont des repères à adapter au modèle et au coupon réel. Les liens cités dans chaque chapitre permettent de distinguer ces usages.
- V&A — Histoire des marquoirs.
- Folger Shakespeare Library — Les éditions de Vinciolo.
- Metropolitan Museum — Sibmacher, modèle de 1597.
- National Gallery of Victoria — Marquoir de Berlin.
- J. B. Speakman — Mercerising, Nature, 1942.
- DMC — Mouliné Spécial ; les autres familles sont liées dans le chapitre des fils.
- Zweigart — Manufacture et signature Orange Line ; les fiches détaillées figurent sous le tableau.
- Bohin — Histoire de la manufacture ; John James — Guide des aiguilles.
- Institut canadien de conservation — Encadrement des broderies.
Rédaction : Au Point-Compté. Dossier mis à jour le . Les disponibilités, programmes et modalités de rencontre restent ceux des pages concernées.